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MBTI ou DISC ? Le guide pour choisir le bon outil, et pourquoi ça change tout

Rédigé par Jean-Charles Castellano | 10 mai 2026 11:20:40
 

80 % des entreprises du Fortune 500 utilisent des outils de personnalité. 3,5 millions de questionnaires MBTI sont réalisés chaque année dans 115 pays. 50 millions de questionnaires DISC ont été administrés dans 70 pays. Ces chiffres sont impressionnants et pourtant la majorité des organisations n'exploitent qu'une fraction du potentiel réel de ces outils.

Pourquoi ? Parce qu'elles font l'erreur de choisir l'outil qu'elles connaissent plutôt que celui qui répond à leur vrai besoin.

Cet article vous donne les clés pour trancher : dans quels cas utiliser le MBTI ? Dans quels cas privilégier le DISC ? Et pourquoi confondre les deux est une erreur qui se paye cher.

 

Le problème que tout le monde a ...mais que personne ne nomme

Les outils de personnalité sont omniprésents dans les organisations. Mais leur usage reste trop souvent superficiel, mal calibré, déconnecté des enjeux réels. Trois erreurs reviennent systématiquement :

  • Mal choisis : l'outil ne correspond pas au besoin réel → résultats décevants, investissement gâché.
  • Mal animés : sans facilitation experte → effet gadget, voire contre-productif pour les équipes.
  • Mal intégrés : pas de suivi, pas de programme → ROI inexistant, retour à la case départ.

La première erreur, choisir sans analyser le besoin, est la plus fréquente et la plus coûteuse. Elle commence par une confusion fondamentale : MBTI et DISC ne font pas la même chose

 

Deux outils, deux questions radicalement différentes

  MBTI DISC
Question centrale Qui suis-je en profondeur ? Comment me comporte-je ?
Ancrage théorique Psychologie analytique (Jung 1921) Comportemental (Marston 1928)
Ce qu'il mesure Préférences psychologiques stables Comportements observables, contextuels
Stabilité Stable dans le temps Variable selon l'environnement
Profondeur Motivations, valeurs, fonctionnement interne Ce que les autres perçoivent

 

Ce n'est pas l'un est meilleur que l'autre. La vraie question est : lequel répond à la vraie question posée par la situation ?

 

Le MBTI : comprendre qui vous êtes en profondeur

Ce que le MBTI mesure

Fondé sur les travaux de Carl Gustav Jung (Psychological Types, 1921) et développé par Isabel Briggs Myers et Katharine Cook Briggs à partir de 1943, le MBTI explore quatre dimensions fondamentales :

  • E/I : Où puisez-vous votre énergie ? (Extraversion / Introversion)
  • S/N : Comment recueillez-vous l'information ? (Sensation / Intuition)
  • T/F : Comment prenez-vous vos décisions ? (Pensée / Sentiment)
  • J/P : Comment abordez-vous le monde ? (Jugement / Perception)

Ces quatre dimensions génèrent 16 types psychologiques, chacun avec ses forces naturelles, ses angles morts, son style de leadership.

Ce que révèle la notion de préférence : une préférence MBTI, c'est comme écrire avec sa main dominante. On peut écrire avec l'autre, mais au prix d'un effort, moins naturellement, moins efficacement. Une préférence n'est pas une compétence, ni un trait, ni un diagnostic. Et il n'y a pas de bon ou mauvais type.

Le MBTI va plus loin que les 4 lettres

La vraie puissance du MBTI tient à la dynamique des fonctions : chaque type fonctionne avec une hiérarchie de quatre fonctions psychologiques, dominante, auxiliaire, tertiaire, inférieure. C'est cette dynamique qui explique pourquoi deux ENFJ peuvent réagir très différemment sous stress, ou pourquoi un INTJ en deuxième partie de vie commence à développer des ressources qu'il avait ignorées pendant 30 ans.

Le MBTI révèle le pourquoi profond : pas "comment je me comporte", mais "pourquoi je fonctionne ainsi".

Dans quels cas utiliser le MBTI ?

Le MBTI est le premier choix pour :

  • Le coaching individuel de dirigeant, notamment en transition, en crise de sens, ou en développement du leadership
  • Le développement leadership long terme, programmes d'accompagnement qui visent une transformation profonde
  • Les conflits profonds ou de valeurs, quand les tensions dépassent les comportements et touchent au fonctionnement identitaire
  • Les séminaires d'équipes dirigeantes, quand l'objectif est une meilleure compréhension mutuelle en profondeur
  • La transformation culturelle, quand on veut changer la façon dont une organisation pense et décide, pas seulement comment elle communique
  • Les hauts potentiels et plans de succession, cartographier les styles cognitifs et les angles morts de futurs dirigeants

Cas concret : un DG en transition après une cession dans un contexte de Private Equity

Un Directeur Général, 52 ans, ISTJ confirmé, ancrage concret, décision logique, besoin de structure, introversion peu reconnue. Il sort d'une cession PE, cherche à comprendre ses ressorts internes pour traverser une transition professionnelle, pas "améliorer sa communication".

Ce que le débrief MBTI a permis :

  • nommer son introversion sans la vivre comme une faiblesse, comprendre pourquoi les entretiens réseau l'épuisaient : pas de la timidité mais de l'introversion,

  • identifier son angle mort F : il sous-estimait l'impact émotionnel de sa communication sur ses interlocuteurs.

Résultat à 3 mois : repositionnement assumé, entretiens réseau maîtrisés, meilleur impact en rendez-vous.

Le DISC n'aurait pas permis ce travail. L'enjeu était identitaire, pas comportemental.

 

Le DISC : lire les comportements et agir immédiatement

Ce que le DISC mesure

Fondé sur les travaux de William Moulton Marston (Emotions of Normal People, 1928), le DISC s'organise autour de deux axes :

  • L'environnement est-il perçu comme hostile ou favorable ?
  • Me sens-je plus fort ou plus faible que mon environnement ?

Ces deux axes génèrent quatre styles comportementaux :

  • D (Dominance) : proactif + environnement hostile → relever des défis, agir sans délai
  • I (Influence) : proactif + environnement favorable → persuader, fédérer
  • S (Stabilité) : réactif + environnement favorable → préserver l'harmonie, trouver le consensus
  • C (Conformité) : réactif + environnement hostile → sécuriser le résultat, garantir la qualité

Point critique : personne n'est "une couleur". Le profil DISC est toujours une combinaison des quatre dimensions — c'est la combinaison qui donne le sens.

Style naturel vs style adapté : l'information clé

Le DISC fournit deux profils distincts :

  • Le style naturel : stable, peu évolutif, ancré dans l'inné et l'acquis
  • Le style adapté : influencé par le contexte, observable au quotidien professionnel

Un écart supérieur à 25 points entre les deux profils est un signal fort en débrief — il indique un effort d'adaptation coûteux en énergie, souvent révélateur d'une tension entre la personne et son environnement.

Les Forces Motrices : le DISC ne suffit pas seul

Le DISC dit comment une personne se comporte. Les Forces Motrices (issues des travaux de Spranger en 1914, formalisées par Allport en 1956) disent pourquoi. Sept dimensions motivationnelles (Esthétique, Économique, Individualiste, Politique, Altruiste, Traditionaliste, Théorique) viennent compléter le profil comportemental.

Un profil D avec une Force Motrice Altruiste élevée vit une tension quotidienne que le DISC seul ne révèle pas : il veut gagner ET servir, dominer ET aider. C'est dans cet écart que se trouve le levier de développement.

Dans quels cas utiliser le DISC ?

Le DISC est le premier choix pour :

  • La communication d'équipe — impact rapide : créer un code commun, réduire les frictions comportementales
  • Le management opérationnel et de proximité : adapter son style à chaque collaborateur
  • La formation commerciale : lire le profil client, adapter son discours
  • Le team building opérationnel : cartographier les styles, comprendre les dynamiques de groupe
  • Le recrutement et l'onboarding : comparer le style naturel du candidat aux exigences comportementales du poste

Cas concret : une équipe commerciale en sous-performance

12 commerciaux + 1 directeur. Sous-performance depuis 6 mois. Tensions visibles. Le DRH veut une action avant la rentrée. Cartographie : 6D, 3I, 2S, 1C. Profil ultra-dominant, peu d'entraide, offres peu structurées.

Pourquoi le DISC et pas le MBTI ? L'enjeu est comportemental et opérationnel. Résultats attendus rapidement. Le DISC se lit, se mémorise et produit des changements comportementaux concrets en quelques jours.

Ce que les 2 jours de séminaire ont permis : les profils D ont compris pourquoi ils s'agaçaient entre eux ; le directeur I a compris pourquoi ses briefings inspirants ne produisaient pas de résultats chez les D ; l'équipe a identifié ce que le profil C pouvait lui apporter pour structurer les offres.

Résultat à 6 semaines : amélioration mesurable de la coopération, réduction des conflits.

 

La boussole de décision : 3 questions à se poser

Avant de choisir, répondez à ces trois questions :

Question 1 : Quelle est la profondeur de travail visée ?

  • Transformation en profondeur, connaissance de soi, sens → MBTI
  • Efficacité relationnelle rapide, adaptation comportementale → DISC

Question 2 : Quel est le niveau de maturité du groupe ?

  • Dirigeants expérimentés, appétit pour l'introspection → MBTI
  • Managers opérationnels, équipes terrain, culture de l'action → DISC

Question 3 : Quelle est la contrainte de temps ?

  • Temps long, coaching individuel, accompagnement profond → MBTI
  • Temps court, impact rapide, déploiement large → DISC

 

Les 3 erreurs qui compromettent l'efficacité des deux outils

Erreur 1 : Choisir l'outil sans analyser le besoin. Le meilleur outil n'est pas celui que vous connaissez, ou dont un confrère vous a parlé. C'est celui qui répond à la vraie question posée par la situation.

Erreur 2 : Les utiliser simultanément dans la même mission. Combiner MBTI et DISC dans le même espace-temps crée de la confusion et dilue la profondeur de chacun. Si les deux sont pertinents à des moments différents d'un programme : les espacer dans le temps.

Erreur 3 : Confondre les deux cadres dans le débrief. Un profil D (DISC) n'est pas un E (MBTI). L'extraversion jungienne et la proactivité de Marston ne sont pas la même chose, elles n'ont pas le même ancrage théorique, ne mesurent pas la même réalité, ne produisent pas les mêmes insights. Mélanger les références dans un débrief trahit une maîtrise insuffisante des deux outils et désoriente le coaché.

 

Ce qu'il faut retenir

MBTI et DISC sont deux outils puissants à condition de les utiliser dans leur cadre d'usage légitime.

  • Le MBTI révèle le pourquoi profond : les préférences psychologiques stables, le fonctionnement interne, les ressorts motivationnels, le développement tout au long de la vie.
  • Le DISC lit les comportements observables : rapidement, concrètement, de façon directement actionnelle dans le management et la relation.

Un outil bien choisi, bien animé, bien intégré dans un programme, c'est un accélérateur de transformation. Un outil mal choisi, c'est un investissement gâché et parfois une expérience contre-productive pour les équipes.

La question n'est pas "MBTI ou DISC ?". La question est : quelle est la vraie question posée par cette situation ?

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